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L'habitude est une étrangère qui supplante en nous la raison...

Je me rappelle de ma grand-mère montant dans le grenier où je dormais chez elle avec ma soeur. Elle faisait comme cela des apparitions dans notre univers nocturne pour nous raconter des histoires ou nous faire croquer des pommes ratatinées qui séchaient dans un appentis sous les toits. Ce jour là, elle était montée avec un vieux livre de grammaire dans lequel figurait ce poème sur l'Habitude. Il m'a habité depuis. Oh, pas dans son intégralité mais quand même. J'en ai gardé la trace et l'invitation à me méfier des habitudes, mêmes si elles ont su se faire discrètes et se poser dans ma vie... Bonne lecture.

 

L'habitude

de René-François Sully Prudhomme  (1839-1907)

L'habitude est une étrangère
Qui supplante en nous la raison :
C'est une ancienne ménagère
Qui s'installe dans la maison.

Elle est discrète, humble, fidèle,
Familière avec tous les coins ;
On ne s'occupe jamais d'elle,
Car elle a d'invisibles soins :

Elle conduit les pieds de l'homme,
Sait le chemin qu'il eût choisi,
Connaît son but sans qu'il le nomme,
Et lui dit tout bas : "Par ici."

Travaillant pour nous en silence,
D'un geste sûr, toujours pareil,
Elle a l'oeil de la vigilance,
Les lèvres douces du sommeil.

Mais imprudent qui s'abandonne
A son joug une fois porté !
Cette vieille au pas monotone
Endort la jeune liberté ;

Et tous ceux que sa force obscure
A gagnés insensiblement
Sont des hommes par la figure,
Des choses par le mouvement.

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